NATHALIE BOURDREUX

" Là où je suis peintre, je ne parle déjà plus en mon nom, mais sous l’emprise d’une humanité plus vaste à rassembler les individualités de chacun.

 

Je suis partie du tableau des Ménines de Vélazquez qui m’interrogeait et m’exaltait jusqu’à y revenir. En retour, ayant soutenu le regard de l’Infante je me suis attardée et j’ai succombé à son trois-quarts semblant dégager le miroir en arrière-plan. Le couloir allant venant des parents, à l’Infante jusqu’à moi, le visage plaqué du père, de la mère, introduisaient l’image à laquelle me soustraire où je devenais et comprenais Marguerite. Je reste trois années, le corsage cintré à exhumer le mystère de l’Infante, où le reflet des parents comme image devenue presque icône semble concerter en messes une aliénation d’usage. En effet, le tableau initialement composé pour désigner l’Infante Marguerite comme héritière du trône d’Espagne, retourne en vérité à la décadence d’une mythologie où la perspective de Marguerite, dans ce sanctuaire, abrite l’image d’une Infante témoignant de son morcellement à ne plus être désignée.

Je peins alors la robe plus souple, plus farouche à l’autorité où s’entremêlent monstre et reliques, expulsés d’un puits d’enfance qui s’achemine, s’agrandit à son courage. De cet imaginaire comme terre promise à ses excès, le rideau relevé sur des pieds crucifiés à l’héritage, semble dégager un œdipe incarné de désir, de mort à la fois, de castration. Sous la trappe pesante de sa robe, ma peinture capture le moment semblant être capital à rassembler ce qui est éclaté, à mieux distinguer les dualités, où l’Infante choisira d’être éperdument complice de ses fantasmes, presque déjà morte, vouée à la démarche régressive à retrouver l’unité.

 

La Pietà s’apparente à des moments d’accalmie, permettant de ponctuer de globalité un parcours voué à l’isolement sans partage, d’une colère échouée à l’impossible.

 

Les peintures d’Ophélie apparaissent également comme un choix délibéré de succomber à la régression comme détour, à contempler la béance de ne pouvoir rejoindre l’être aimé.

 

Les Déserts, apaisent en repos la colère de l’Infante, d’Ophélie, parfois même s’inscrivent en présage d’inquiétude à traiter la figure, où le paysage, épuré d’âmes révoltées, laisse place aux carcasses abandonnées au désœuvrement, mais à la paix."

 

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© Olivier Garand / Crédits photographiques: Sophie MOURRAT